théma poésie : Pentti Holappa...

Publié le par Médiathèque Croix du Bac

souvenirs ... souvenirs...

en 1999, dans le cadre de la fête du livre, nous avions accueilli Pentti Holappa qui était en résidence à la Villa Mont-Noir, pour nous parler de son recueil de poèmes " les mots longs"

 

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"quelques mots en Finnois, un regard malicieux, un sourire profond et grave, dans la petite salle de la bibliothèque: Pentti Holappa évoque les longues nuits polaires, l'été, le temps qui passe et la nature omniprésente de sa Finlande natale. Le vieil enfant des pays nordiques a fait partager au public, le temps d'une soirée, ses émotions, ses inquiétudes et sa sérénité. Actuellement en résidence à la Villa Mont-Noir, l'auteur aux multiples facettes (romancier, auteur, journaliste) a répondu cordialement à l'invitation de la médiathèque de la Croix du Bac dans le cadre de lire en fête"

Philippe Buisine / 1999

 

 

 

son recueil " les mots longs" est disponible à la médiathèque...pentti-holappa-les-mots-longs.jpg

poèmes 1950-1994

traduit du finnois par Gabriel Rebourcet

poésie / Gallimard

 

 

 

 

 

 

SACREMENT

Le pain de chaque jour et l'amour

sont notre chagrin. Notre soleil

ne féconde pas l'asphalte de nos champs,

goulet carrossable. Facile est difficile,

l'éternel s'oublie vite.

Et l'amour: jouissance le premier jour,

douleur le second, au troisième la solitude.

Le regard d'un passant qui brûle l'âme

répète ceci: l'amour passe sur la route,

goulet carrossable.

Aussi longtemps que la sueur sera salée,

les larmes cuisantes,

la faim de notre corps sera vraie chaque jour

et sa peine comme sa jouissance s'égareront,

dévorées par les mites, et souillées par la rouille.

Tout près 1957

 

 

PROGRAMME DE PRINCIPE

La prochaine fois que je viendrai au monde ici je transcrirai chaque minute dès le début.

Je n'en consommerai pas une seule sans réfléchir d'abord, et le cas échéant j'arrêterai le temps afin qu'il attende ma décision.

Je choisirai les jours de calme, le travail, les nuits ardentes, les proches les plus sages, mes amours les plus belles et les plus fidèles.

Avant la scène de l'amour, pendant et après, ni mon partenaire ni moi-même ne devrons nous sentir étrangers.

Jamais, si la vie dépérit et avec elle toutes les choses, je ne me dirai que demain il sera trop tard.

La bannière jaune 1988

 

 

IMAGES NATURELLES 3

La feuille du pommier se détache petit à petit. Destin inévitable, depuis longtemps. L'arbre l'a rejetée sans même lui dire merci. Il y a bien longtemps elle s'est extraite elle-même de l'arbre, destin inévitable encore. L'arbre le voulait, la feuille est née, sans vouloir, elle a répondu par elle-même, quand on lui a commandé.  L'arbre, quelqu'un.  En ce temps- là,  le monde avait un autre parfum, la lumière ruisselait. Les nuits échevelées viraient au jour, puis vint le temps des fleurs. Les abeilles, puis les fruits verts. Un duvet tendre recouvrait encore sa peau, avant que n'apparaissent les taches rouillées. Le temps est passé de plus en plus vite, le temps s'enfuit. Aujourd'hui il faut tomber, ce soir elle tombe. L'arbre ne bronche pas, l'arbre demeure. Toute chose a un sens , et l'arbre le sait.

Traces de doigts dans le vide 1991

 

 

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